Plusieurs publications scientifiques et normes ont été publiées en 2025 et en ce début 2026 en ce qui concerne la présence de microplastiques dans les aliments et l’eau potable. Elles pointent souvent comme source des contaminations une contamination environnementale.

Toutefois, une récente publication pointe du doigt les équipements de transformation utilisés au sein des usines agroalimentaires.
En effet, la conception même des équipements de transformation peut générer une contamination silencieuse, fruit de choix techniques inadaptés et d’une usure prématurée des matériaux.
L’abrasion des équipements : une source méconnue de contamination

Dans les usines agroalimentaires, les surfaces en contact avec les aliments subissent des contraintes mécaniques considérables. Convoyeurs, joints, racleurs, tuyauteries flexibles et cuves de mélange sont soumis à des frottements répétés, des variations thermiques brutales et des nettoyages agressifs. Lorsque ces équipements intègrent des polymères ou élastomères de qualité insuffisante, ou lorsque leur conception ignore les principes d’hygiène de base, l’abrasion libère progressivement des particules microscopiques directement dans la chaîne alimentaire.

Les joints toriques en élastomère de qualité médiocre, les tapis de convoyage mal dimensionnées, les spatules en plastique utilisées pour le raclage : autant d’exemples où l’usure génère une pollution particulaire invisible à l’œil nu.
Le parcours des microplastiques : de l’usine à l’assiette
Une fois incorporées dans les aliments durant la transformation industrielle, ces particules suivent un parcours complexe. Certaines restent inertes, traversant simplement le produit jusqu’au consommateur. D’autres interagissent avec les matrices alimentaires, notamment les corps gras qui ont une affinité particulière pour ces composés hydrophobes. Dans les produits laitiers, les huiles, les sauces ou les produits carnés transformés, les microplastiques peuvent s’accumuler préférentiellement.

Mais le danger ne s’arrête pas à l’ingestion directe. Les traitements thermiques appliqués par le consommateur final modifient profondément la nature de ces contaminants. La cuisson au four, particulièrement à haute température, peut provoquer la dépolymérisation partielle des plastiques, libérant des monomères et des additifs chimiques (plastifiants, stabilisants, colorants) qui migrent alors dans l’aliment. Le phénomène est encore plus prononcé lors de la friture, où les températures dépassent régulièrement 180°C et où le milieu lipidique favorise l’extraction des composés organiques.
Les nouveaux modes de cuisson : des amplificateurs de risque
L’air-fryer, plébiscité pour sa capacité à « frire sans huile », soumet les aliments à des flux d’air chaud turbulent pouvant atteindre 200°C. Si l’aliment contient déjà des microplastiques issus de la transformation industrielle, ces conditions extrêmes accélèrent leur dégradation et la migration de composés toxiques (ex. PVC => benzène / PS => styrène).

Le réchauffage au micro-ondes soulève également une question. Bien que les températures soient généralement modérées, l’échauffement par agitation moléculaire crée des points chauds localisés dans l’aliment. Les microplastiques présents peuvent subir des dégradations thermiques ponctuelles, d’autant plus si l’aliment est conditionné dans un emballage plastique inadapté qui libère lui-même des particules supplémentaires.
Solutions techniques : vers une conception raisonnée des équipements
Face à cette problématique, l’industrie agroalimentaire doit repenser ses choix techniques. Le premier levier d’action consiste à privilégier les matériaux inertes et durables pour toutes les surfaces en contact alimentaire.
On ne peut plus accepter que dans des cahiers des charges soit conservé des exigences comme « usage de matériaux non colorés » sous prétexte que les particules se détachant des matériaux ne se détecteront pas facilement dans l’aliment !
Le rôle de la maintenance préventive est primordiale
Les programmes de maintenance préventive ont un rôle crucial à jouer. Ils doivent inclure un suivi rigoureux de l’état des pièces d’usure. Les joints, racleurs et éléments en contact mécanique intense nécessitent des inspections régulières et un remplacement systématique dès les premiers signes de dégradation visible, bien avant que l’abrasion ne devienne critique.

Vers une prise de conscience collective
La contamination des aliments par les microplastiques issus des équipements de transformation représente un angle mort de la sécurité des aliments. Contrairement aux contaminations microbiologiques ou chimiques classiques, elle résulte d’une dégradation progressive, insidieuse, qui échappe souvent aux contrôles de routine. Sa dangerosité potentielle, amplifiée par les traitements thermiques domestiques, mérite une attention urgente de la part des industriels, des autorités sanitaires et des consommateurs.
L’amélioration passe nécessairement par une approche globale associant choix techniques rigoureux, conception hygiénique exemplaire, maintenance préventive systématique et transparence totale sur les matériaux employés. Au-delà des aspects réglementaires, c’est une véritable culture de l’excellence technique et de la responsabilité sanitaire qui doit irriguer l’ensemble de la filière agroalimentaire. Le défi est considérable, mais l’enjeu, la santé de millions de consommateurs, ne doit souffrir d’aucun compromis.
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